Cent quarante interpellations, 400 voitures carbonisées, des dizaines de barricades, 98 blessés, quatre morts… Malgré ses paysages paradisiaques, la Martinique vit une sorte d’enfer. Une mobilisation sociale, lancée début septembre, a dégénéré en émeutes, au point que le gouvernement français a dû imposer un couvre-feu de 21 h à 5 h du matin, et envoyer un contingent de CRS (police nationale) pour rétablir l’ordre, une première depuis 1959 pour ce département français d’outre-mer.

Aux sources de la colère : le coût exorbitant des denrées, notamment alimentaires, de 40 % supérieur en moyenne par rapport à la France métropolitaine, voire de plus de 200 % dans certains cas. « Avant, ma facture d’épicerie me coûtait 70 euros, maintenant c’est au moins 150 euros. Carrément le double ! », siffle Michèle Cidalise-Montaise, enseignante à la retraite, résidante de Diamant.

Mme Cidalise-Montaise nous invite à consulter le site Kiprix, pour comparer les écarts de prix entre les produits vendus en France et en Martinique. Le constat est troublant. Pain tranché de marque Épi d’or ? 1,45 euro à Paris, mais 11,45 euros à Fort-de-France. Shampooing Ultra-doux à la camomille ? 3,98 euros à Paris, 14,43 à Fort-de-France. Compote de pommes Andros ? 1,65 euro à Paris, 5,49 euros à Fort-de-France. La liste est longue.

Le fait que la Martinique importe 80 % de ses produits explique en partie cet écart de prix entre l’île et la métropole. La vie a toujours coûté plus cher sur l’île antillaise. Mais on dépasse cette fois les limites de l’acceptable. Alors que 27 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, la situation est devenue intenable pour la majorité des habitants.